Le site
La légende s’ancre sur un site tragique et pittoresque de la vallée du Rhin qui lui a aussi légué son nom : un rocher d’ardoise, le « Lurley » qui est près de Saint-Goar, en aval de Bacherach, surplombe de ses trente-deux mètres la rive droite du fleuve ; il formait jadis pour les bateliers l’une des passes les plus dangereuses à franchir. Ce péril, associé à un écho multiple et puissant que répercutent les cavernes du roc, n’a pas manqué de susciter dans l’imagination populaire de multiples légendes.
Le poète Marner 1270, affirme que des gnomes vivent dans ses crevasses et veillent sur le trésor des Nibelungen enfoui là par Hagen.
Le Bremer Druck de 1640 ne mentionne que l’écho mais lui attribue des vertus d’oracle déjà attestées dans des vers anonymes du 13 ème. Freher, dans ses Origines palestinna, reparle des êtres paniques, gnomes et oréades qui cachés à l’intérieur de la montagne, répercutent l’écho.
Voilà qui rend vraisemblable l’explication philologique selon laquelle « Lur » désigne aussi des nains guetteurs qui observent maléfiquement les passants.
Le mythe de Loreley
La mise en valeur littéraire du paysage à la fin du 18ème en Europe, et la valorisation plus particulière de la Rhénanie par les jeunes Romantiques du cercle de Heidelberg.
La découverte du bateau à vapeur et sa mise en circulation sur le Rhin, bientôt accompagné par le premier chemin de fer, autorisant promenades et croisières confortables et confortant la mode du voyage en « Riviera du Nord ».
Accusée de sorcellerie, condamnée par l’évêque, qui s’éprend aussi d’elle, à se retirer dans un couvent, Lore, autant pour échapper aux hommes qu’elle subjugue malgré elle que pour être délivrée de la vie après que son amant l’a abandonnée, trompe la vigilance des chevaliers qui l’emmènent et se précipite du haut du rocher dans les flots du Rhin sur lequel elle voit la barque de son bien-aimé.
Une deuxième version de la légende fait de l’évêque l’amant de Lore : après l’avoir repoussée par piété, son amour renaît lorsqu’il doit la juger. C’est lui qu’elle aperçoit sur la bateau au moment de se jeter dans le fleuve, sans se rendre compte qu’il a troqué la croix contre le glaive et est redevenu chevalier, donc libre de son cœur.
Dans les contes rhénans Loreley a cessé d’être la jeune femme amoureuse de Bacherach pour devenir une fée ou une ondine éternellement jeune et belle.
Elle habite avec ses sept filles dans le rocher et devient la gardienne du trésor des Nibelungen. A chaque cri lui parvenant, elle répond sept fois pour prouver sa vigilance. Frau Lurley est une nixe bonne et belle qui voyage dans le pays et accepte l’hospitalité des esprits des sources.
Loreley en larmes peigne longuement sa voluptueuse chevelure blonde que la lune fait scintiller tout en haut du rocher ; des meuniers passent en barques, railleurs, aussitôt la barque est prise dans un tourbillon, chavire et ses occupants se noient.
C’est encore parce qu’elle a été trahie dans son amour que Loreley devient une créature démoniaque : l’oréade qui chante depuis son rocher est entendue par un chevalier qui cherche à l’approcher à travers de vastes forêts. Elle l’avertit du danger mais rien n’y fait. La nouveauté réside dans la mise en scène romantique de la rencontre fatale et dans le changement de décor, du fleuve à la forêt qui devient à son tour un tombeau magique.
L’éclat doré de la lune tombe sur les boucles blondes et longues de la magicienne trahie qui se peigne sur le Rhin, irrésistiblement triste, parée d’un collier de perles. Pour la première fois, la force de son charme vient surtout de sa voix et non de ses yeux ou de sa beauté.
C’est Niklas Vogt 18ème, élimine l’évêque ; c’est la jeune fille elle-même qui décide d’entrer au couvent ; trois amoureux, ses chevaliers servants, se jettent dans le fleuve sur lequel elle voit l’amant qui l’a dédaignée ; il n’est pas question d’écho.
L’histoire se corse ici par l’introduction non pas d’un évêque mais du fils d’un comte palatin que Loreley séduit également. Rendu furieux par la mort de son fils, le comte envoie une expédition capturer la sirène, morte ou vive. Trois chevaliers réussissent à escalader son rocher mais au moment où elle va être précipitée dans le fleuve, Loreley sourit et appelle son père le Rhin, à l’aide. Il envoie aussitôt deux vagues sous la forme de deux chevaux blancs. On ne revoit plus la sorcière métamorphosée en ondine mais sa voix moqueuse résonne toujours en écho aux appels des bateliers.
Nul intermédiaire, ni évêque, ni comte palatin : au centre seule et resplendissante, la fée chante sous la lune, avec sa chevelure d’or, son peigne en or, ses bijoux d’or ; elle envoûte un batelier dont la barque, livrée elle-même, se fracasse sur les récifs. Ce grand thème de la beauté fatale anime de son romantisme la poésie de l’époque.
De grands voyageurs, cèdent à la mode du voyage sur les rives du « Nil de l’Occident ».
L’image de l’ondine, de la nixe fatale, « qui me guette et toujours m’attire : je devrais pourtant me méfier de sa grâce trompeuse, car son nom signifie charme et mensonge.
La jeune fille est une espèce de Salomé truculente, dont la sensualité libre et exarcerbée se déchaîne à la fois contre la foule et contre l’Eglise.
La Loreley ne séduit jamais en effet que ceux qui errent dans leur vie, dans les bois ou sur les eaux et n’ont pas le courage de se fermer les yeux ou les oreilles, comme les marins d’Ulysse. Il semble bien au fond que la Loreley soit un avatar romantique : celui de l’attirance et de la répulsion qui président à chaque choix et en particulier à l’engagement amoureux.

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