Santa Luvina
Tout commença quelque part entre El Paso et Santa Fé, sur les contreforts des monts Sacramento, au Nouveau Mexique. *Santa Luvina, petit village perdu dans le « Grand-Nulle-Part », était l’emplacement de l’Eglise de la Santeria, version tex-mex du culte vaudou. La secte de *La Chèvre- Sans-Corne avait pour Papesse, La Madre *Mona Troppo. Elle eut tellement d’enfants de pères différents, que tout le monde était cousin ou cousine à Santa Luvina. D’ailleurs les mariages ne se faisaient qu’entre « Troppo ».
Le culte santero était à la fois un culte religieux et une organisation criminelle qui supervisait tous les trafiques de drogues, d’armes et de mexicains clandestins désirant franchir la frontière. Mona Troppo, en plus d’être une puissante *bruja, tenait son empire du crime d’une poigne de fer. De nombreux criminels sud-américains fichés par le F.B.I, trouvaient toujours refuge chez La Madre, à la fois crainte et respectée. Son territoire s’étendait d’un axe allant de San Diego à Tallahassee, en Floride. Ses rejetons, en grandissant, la servirent loyalement et aveuglément. Tous ses plus fidèles bras-droits n’étaient autres que ses fils et ses filles.
- Miguel, son fils aîné, était le porte-parole de la secte.
- Marco servait d’émissaire auprès des boss des états du Sud et décrochait des contrats.
- Julio avait gagné son étoile de shérif au poker et détournait les suspicions des autorités fédérales.
- Kapellez s’occupait du recrutement des hommes et de toute la logistique des trafiques.
- Valério s’était fait prêtre pour surveiller les « ouailles » de Santa Luvina et prêchait le pardon.
Si les mâles faisaient respecter l’ordre, les filles étaient très convaincantes en vendant leurs charmes aux autorités américaines. *Sancha, tenait un bordel à Santa Luvina : le « Cactus girl ». Toutes les polices du Sud ont goûté au moins une fois aux délices de ses filles. Quant à *Chabela, la dernière fille de Mona, elle était folle. Certains prétendaient qu’elle était descendue dans les caves du pénitencier de Santa Luvina; lieux interdits à tous.
On ne connaît pas le géniteur de Costa Troppo. On sait seulement qu’après une cérémonie particulièrement éprouvante, Mona s’enfuit dans le désert pendant quelques jours. Neuf mois plus tard, en 1965, elle donna naissance à Costa tandis qu’un ouragan d’une rare violence dévastait la région. Aux yeux de la vieille sorcière, le fait qu’il naisse dans la tourmente était un bon présage. Ce fils deviendrait un puissant santero.
Les années s’écoulèrent sans que Costa ne soit aimé par ses frères et ses soeurs. Dans ce milieu rude et cruel, il parvint cependant à se fortifier mentalement, au point de devenir un monstre d’insensibilité. Il assistait à toutes les cérémonies de la Grande Papesse, qui l’imposa peu à peu aux villageois de Santa Luvina. C’est au cours de ces offices sulfureux qu’il vit plusieurs fois la Chèvre-Sans-Corne.
Les années passant, les choses allèrent très vite. Après avoir pris possession du culte de la Chèvre-Sans-Corne, Costa voulut prendre le contrôle de l’organisation criminelle. Une guérilla se déclencha entre les frères, enflammant, le temps d’une nuit, les rues de Santa Luvina. Costa aurait normalement dû mourir dans cette fusillade. Mais pour la première fois, il fit appel à l’esprit des morts pour renverser la situation en sa faveur. Miguel et ses hommes furent exécutés malgré les suppliques de la doyenne, les opportunistes et les lâches furent épargnés. A dater de ce jour, Costa n’eut plus jamais confiance en sa famille.
Dès lors, Costa régna sur le culte de la Santeria, sans partage. Il rétrograda ses frères à des fonctions de simples exécutants et les obligea à rester au village.
La trahison
Mais l’assassinat de Miguel et de ses hommes, fit réagir tous les anciens alliés du clan. Lorsque Costa Troppo s’imposa comme nouveau boss de la Santeria, la répression commença. Costa recula avec insolence les frontières de son territoire. Les récalcitrants mourraient dans des circonstances surprenantes mais crédibles. Des conversions forcées se produisirent sous la menace. Les parrains du Sud firent un serment de façade plus ou moins sincère, de peur de s’attirer les sortilèges du santero. Afin de sabrer le pouvoir croissant de Costa, ils préparèrent avec l’aide d’un traite, une violente riposte.
Mona Troppo arrivait de son côté, à la fin de sa vie et elle sentait venir la menace. Avant de mourir, La Madre entra en contact avec sa rivale, la Reine Vaudou de la Nouvelle-Orléans, Marie Laveau qui était sur le point de marier sa fille à un sorcier d’Haïti. Les deux femmes convinrent d’un mariage qui unirait la Santeria et le Vaudou de Louisiane, cultes religieux et monopole du crime, sur tous les états du Sud.
C’est ainsi que Costa se résigna à faire connaissance avec Clémencia et qu’il dut se résoudre au mariage. Ce mariage d’intérêt était d’ailleurs à ses yeux, le moyen d’avoir le pouvoir absolu sur ses ennemis et sur sa famille. On convint d’un arrangement : le premier né du mariage, serait élevé selon les rites vaudous, tandis que le deuxième serait initié à la Santeria. Clémencia dut, à son grand regret, partir vivre à Santa Luvina. Elle subit plus qu’elle ne soutint les ambitions de son mari. Mais en épouse intègre, elle le conseilla dans ses décisions, l’assista lors des cérémonies vaudous et était prête à lui donner un enfant.
Mais le sorcier haïtien, qui avait éperdument besoin du soutien et du pouvoir du vaudou new-orléanais, fit le tour de tous les ennemis des Troppo et des Laveau. Bref, il entra très rapidement en contact avec les parrains du sud.
Tous ces boss voyaient d’un très mauvais oeil ce qui se tramait dans le désert. Costa Troppo ainsi que toute sa famille devait mourir. En plus de l’aide des barons de la pègre le *bokor chercha une aide « particulière » pour venir à bout du santero, de sa mère et de sa femme.
Le massacre
C’est ainsi que des hommes de mains, envoyés par les barons du crime et par le sorcier vaudou, prirent d’assaut le village. Cette nuit-là, tout le monde fut tué y compris Clémencia. La Madre fut l’une des premières victimes, car on craignait ses sortilèges. Tous ses rejetons furent exterminés, même le « padre » Julio, de la paroisse de Santa Luvina. Oui mais ce soir-là, Costa Troppo était partit secrètement au lac Powell pour faire un deal de cocaïne. Il n’avait prévenu personne de son départ.
Le bokor apparut dans les rues de Santa Luvina, à la fin de la nuit. Il pria ses hommes et ses alliés de chercher le corps de Troppo et de sa femme. Quelle ne fut pas sa surprise et sa rage lorsqu’il comprit que Costa Troppo n’était pas là. Pendant le restant de la nuit, il fit sortirent tous les tueurs du villages afin d’être seul. Il commença alors une immense cérémonie, faisant appel à des forces incontrôlables. Il invoqua le *Baron Samedi pour l’aider à retrouver Costa Troppo. L’esprit dégusta les offrandes, puis après bien des caprices accepta d’aider le sorcier, mais à une condition : pour chaque *guédés invoqués, le bokor devait donner un corps aux âmes tuées, constituant ainsi une véritable armée de zombies. Dans son aveuglement, le sorcier accepta et réveilla ainsi tous les cadavres de Santa Luvina. Il les lia à lui et leur ordonna de se lancer à la poursuite du santero. Une partie des guédés se sont incarnés dans les corps fusillés, d’autres ont gardé leur forme spectrale.
Contraints d’obéir sous peine d’être cruellement torturés au-delà de la Mort, les spectres se répandirent dans le désert comme la peste sur le monde.
Mais de tous les esprits, il y en avait un qui ne pouvait pas être corrompu, c’était celui de Clémencia. Elle fit appel aux alliés spirituels de sa mère et implora le vieux Legba d’intervenir pour sauver son époux. Le Gardien-Des-Carrefours prit alors la possession d’un homme de main, qui au lac Powell était en pleine négociation avec Costa Troppo. En état de transe, l’homme l’informa de ce qui s’était passé à Santa Luvina.
Costa voulut tout d’abord se venger en se rendant tout de suite au village. Mais il écouta les conseils avisés du vieux *San Pedro et comprit qu’il n’aurait aucune chance d’y arriver en vie. Alors, le vieil esprit lui proposa à son tour un accord. Il mit au point une ruse pour le faire échapper au Baron samedi, à son bokor et aux guédés jetés à ses trousses. Ils décidèrent d’un commun accord de « masquer » spirituellement le personnage de Costa Troppo et de faire apparaître à sa place, une autre personnalité, n’ayant aucun rapport avec le puissant santero : Vick Vega venait de naître. Petit truand inoffensif de L.A, avec un passé construit de toute pièce.
Mais est-ce par maladresse, par ruse ou par faiblesse, San Pedro ne fit pas correctement son travail. Il rendit Costa amnésique sans lui laisser une chance de réacquérir sa mémoire passée. cette manipulation eut deux conséquences :
- Dans des moments de grands stress ou de peur intense, ou bien de rage, Vick Vega cède la place à Mister Night alias, Costa Troppo. Mais Mister Night ne connaît pas sa véritable identité. Il ne sait qu’une chose : il peut pratiquer des *wangas. Vick Vega, au contraire, ne sait rien des arts occultes.
- Deuxième, conséquence : lorsque Mister. Night est aux commandes, les guédés de Santa Luvina le détectent et en informent immédiatement le sorcier haïtien. Par contre Vega n’attire pas leur attention.
Pour résumer, San Pedro en manipulant la mémoire de Troppo, lui fit oublier l’histoire de sa vraie vie, les origines de ses pouvoirs de santero et l’emplacement de Santa Luvina.
Qui est Vick Vega ?
Alors que Costa Troppo est né à Santa Luvina en 1965 lors d’une nuit d’ouragan, Vick Vega est né dans le ghetto latino-américain, dans une famille nombreuse. Époux disparu, Monica Vega dut s’occuper de ses enfants et dès qu’ils pouvaient s’assumer, elle les chassait.
De culture hispanique, la mère de Victor Vega était très croyante et suivait assidûment les émissions des télévangélistes. A partir de dix ans, Victor vécut une horrible tragédie : toute sa famille se fit tuer dans une fusillade de gang. Ce jour là, il rendait visite au vieil Antonio, un vieux fou qui n’arrêtait pas de rigoler en fumant sa pipe.
De retour chez lui, Victor fut accueilli par les flics qui l’emmenèrent dans un orphelinat d’état : Santa Assumpcion. Victor y vécut des moments très difficiles. Souvent battus pour sa laideur et sa maigreur, il devint la bête noire de l’institut. Jusqu’au jour où il décida de s’évader en compagnie d’un pote noir, un certain BAGLE ( LEGBA), nom vaudou de San Pedro.
Il décidèrent de se faire une réputation dans les gangs de L.A. C’est à cette époque que Victor adopta le surnom de Vick. Après plusieurs interpellations et plusieurs mois de prison, Vick Vega fut arrêté et dirigé au camp disciplinaire de Pee Dee River. Il y fit la connaissance d’un mexicain qui était au service de Marcello Santos Zyeux-de-Fous, un bon patron selon lui.
Vega parvint miraculeusement à s’enfuir lors du transfert entre le camp disciplinaire et le tribunal. Aussitôt libéré, il voulut rencontrer Marcello à Santa Fé au Ranch Del Rio Ramada. C’était la seule piste que Vega avait pour gagner rapidement de l’argent.
Comme vous pouvez le constater, la « nouvelle vie » de Costa Troppo est un mélange de vrais souvenirs et d’images symboliques. San Pedro n’a fait que brouiller les cartes et distribuer une nouvelle donne. Mais à quel moment Vick Vega reprit conscience ?
On peut placer chronologiquement la cassure « psychique » au moment où Costa Troppo est redescendu du lac Powell. Il aurait voler une voiture dans un motel puis aurait repris instinctivement la route du Sud. Au volant, Costa aurait laissé complètement laissé la place à Vick Vega, se rendant au ranch de son pire ennemi (le souvenir de la vengeance peut-être).
Le Cactus en flamme
Quelques temps après son évasion, Vick Vega dut faire un braquage dans un coffee shop minable, pour avoir un peu d’argent. Puis il franchit l’Arizona pour aller au Nouveau Mexique où il espérait rencontrer Marcello Santos Yeux-de-Fous. Juste avant d’arriver à Santa Fé, Vega se fit braquer par une blonde platine, Blue Satisfy, et son complice.
C’est en allant au « Rio Rojo », établissement appartenant à Marcello que Vega rencontra des hommes du boss : visages burinés, regards mauvais et sourires menaçants. Finalement, deux hommes de main décidèrent de le monter au ranch avec la recette du soir. Des hommes patrouillaient dans de vieilles buicks avec des fusils et ne laissaient rien filtrer. Il fut désarmé et surveillé. Arrivé au ranch, Vega fut escorté dans un hangar dans lequel se déroulait un combat de coq.
Pendant que Vega attendait patiemment, il remarqua un homme d’un cinquantaine d’années, les cheveux gris et longs, habillé en blanc et accompagné par une jeune femme à la beauté sauvage, *Lupita. Marcello comme à son habitude, portait des lunettes noires. Le plus grand tort que l’on pouvait faire à Marcello était de le regarder droit dans les yeux. Après de courtes présentations, on lui demanda ses références, son parcours et sa carte de visite. Puis Marcello lui fit passer le test du haricot, jeu stupide éprouvant la rapidité des joueurs.
La confiance acquise, Marcello lui proposa un contrat : l’escorte d’un fourgon d’armement qui devait transiter entre Mexico City et la Nouvelle-Orléans. Marcello le prévint que sur place, il aurait un complice, un dénommé *Consuelo. Il l’aiderait à escorter le fourgon et à passer la frontière sans problème. Vega devait se tenir prêt pour l’aube.
Le lendemain matin, un bras droit vint le réveiller en lui expliquant le contrat dans le détail. Il lui donna une avance, un flingue et une adresse au Mexique. C’était celle d’un motel où le fourgon devait transiter. Il y retrouverait Consuelo, son contact. Les chauffeurs du fourgon devaient s’arrêter pour prendre de la glace avant de reprendre la route. C’était à ce moment-là qu’il fallait attaquer. Les types devaient être tués et Consuelo devait les faire passer par une plaine désertique pour passer la frontière. Ensuite, le chargement devait être acheminé le plus rapidement possible au ranch Del Rio Ramada.
Pendant la nuit Marcello donna ses consignes. Un fantôme venait de réapparaître sur son territoire. Le grand Costa Troppo n’était pas mort ! Marcello, ancien allié des Troppo, faisait partie des traîtres qui exécutèrent tous les habitants de Santa Luvina. Lui aussi aurait voulu que Troppo meurt avec les siens. Bien qu’il soit aveugle, il reconnut tout de suite la voix de son ennemi. Pourquoi Troppo venait-il se jeter dans la gueule du loup ? Pourquoi cette nouvelle identité ? Etant très superstitieux et connaissant la mauvaise réputation du sorcier, Marcello ne voulut pas le tuer sur son territoire, sur sa terre. Il fallait qu’il soit assassiné là où reposait toute sa famille : dans le *Llano en flamme, ce plateau maudit où vivaient les Troppo. Son âme, s’il en avait une, hanterait ainsi uniquement Santa Luvina. Il donna donc à un homme de main une autre explication, pour tuer ce Vick Vega. Aux yeux de Consuelo, qui était un véritable déganté, Vega était une balance possible. A la fin de la mission, il devait le tuer sans se poser de question, pour ne laisser aucun témoin.
Tout devait donc se passer comme prévu, aussi bien pour notre amnésique que pour ses bourreaux, sauf que Magenta, une jeune mexicaine, avait corrompu les deux convoyeurs pour franchir clandestinement la frontière. C’est en ouvrant les portes du fourgon pour vérifier la marchandise, que Consuelo s’en rendit compte. Ils étaient en plein centre du Llano en flammes. Après l’avoir violé, il la tua. Galvanisé par la violence de ses actes, Consuelo voulut en profiter pour régler son compte à Vega. Il profita d’une inattention de sa part pour lui asséner un violent coup de poing dans la mâchoire. Lorsque Vega reprit connaissance, il était attaché en plein désert à quelques mètres du fourgon. Consuelo était raide défoncé à la tequila et à la cocaïne. Il s’amusait à faire des cartons avec les cactus. Vega était dans un piteux état, mais au moment de porter le coup de grâce, Consuelo remarqua qu’il y avait eu un changement dans le regard de Vega. Attention, Mister Night apparaissait pour la première fois. Night, dans les brumes de chaleur vit un vieillard fumer une pipe, venant lui délier les mains. Le santero maîtrisa rapidement Consuelo. C‘était maintenant à son tour d’être crucifié sur un cactus en plein soleil.
Le tueur, à l’agonie, répéta ce qu’il avait entendu. Vega, petit criminel inoffensif et inconnu, avait été utilisé par Santos pour ravir un chargement qui ne lui appartenait pas. Santos avait donné l’ordre à Consuelo de le buter pour ne laisser aucune trace de son aide. En fait ce chargement appartenait à Reggie San Pedro Sula , boss de la Nouvelle-Orléans, c’est pour cette raison que ce contrat était top-secret.
Après avoir obtenu ces renseignements, Mister Night gratta une allumette qu’il fit délicatement tomber dans la flaque d’essence qui s’étendait entre lui et le cactus. Lorsqu’il partit le cadavre grillait encore. Apparemment, Night restait aux commandes. Normalement, la situation stressante passée, il aurait dû disparaître. C’est ainsi qu’il prit la direction du ranch Del Rio Ramada avec le fourgon plein d’armes.
Sur les hauteurs, il fit une cérémonie en l’honneur de San Pedro, le Maître des Carrefours, afin de pouvoir s’approcher sans se faire remarquer. Il put pénétrer dans le bureau du boss sans que ce dernier s’en rende compte. Mais au moment où Night réfléchissait à une torture idéale, Vega reprit les reines de sa conscience. Désarçonné, il ne put que menacer le vieillard. Marcello avoua sa combine en reprenant mot à mot ce que Consuelo avait dit. Ne sachant pas à qui il avait à faire, le vieux maffieux n’avança aucune pièce. Vega se contenta de lui arracher ses lunettes, symbole de son autorité, et de le regarder bien droit dans les yeux. Il découvrit alors le mystère de Marcello : l’homme était aveugle car ses yeux ne cessaient de trembler.
El baile de sangre
C’est au volant du fourgon volé à Marcello Santos Zyeux -de-Fou, que Vega se dirigea vers la Nouvelle-Orléans, pour rendre le chargement à son propriétaire d’origine, Reggie San Pedro Sula. Il pensait ainsi pouvoir s’attirer les faveurs de ce nouveau boss, voire de travailler définitivement pour lui. Il ne savait pas encore très bien comment il allait expliquer toute cette histoire. Le seul indice pour entrer en contact avec le caïd était une photo représentant la façade du « Old Absinthe Bar » au 74, Bourbon Street. Sur la photo, il y avec une vieille pute et ses filles. Parmi elle, Vega reconnut Lupita, la femme de Marcello.
Lorsqu’il arriva à la Nouvelle-Orléans, c’était en pleine journée de pluie. Une chaleur et une humidité équatoriale rendaient l’atmosphère étouffante. Il se rendit sans plus tarder chez *Marietta, la patronne de l’établissement pour qu’elle lui arrange un rendez-vous avec Reggie. Après d’âpres négociations, Reggie déclarait vouloir reprendre le chargement pour 10 000 $. Il envoyait son bras droit, *Woody Dumas et des hommes pour rencontrer Vega à bord du *Delta Night, son bateau privé. Il lui donna rendez-vous à bord , à 20 h 30, le lendemain, sur les quais du Lac Ponchartrain. Mais lorsque Marietta fit le portrait robot de Vega, elle décrivait à Reggie, Costa Troppo.
C’est au cours de cette nuit d’attente que Vega croisa à nouveau la route de Blue Satisfy, la petite pute qui l’avait braqué avec son mec, sur les routes du Nouveau Mexique. Prise au piège, elle fut envoyée ici par Marietta pour qu’elle s’occupe de Vega. Blue n’était au courant de rien. Elle était bien suffisamment embêtée par cette situation. C’était l’occasion pour Vega de reprendre sa revanche, mais d’une autre façon. Quelques heures plus tard, autour d’un verre et d’une cigarette, Blue lui raconta ce qui lui était arrivé depuis leur dernière rencontre. Rien de bien transcendant. Son mec s’était fait arrêté et elle était venue se mettre au vert chez « Madame Marietta ». Cette écervelée élaborait des projets de couple idéal.
Comme convenu, le lendemain Woody Dumas entra en contact avec Vick Vega à bord du Delta Night. Le bras droit avait pour ordre de récupérer la cargaison d’armes et de buter Vega s’il ressemblait à Troppo. Lorsque ce dernier se présenta au rendez-vous, la salle principale du bateau se vida d’un seul coup. Woody Dumas et ses hommes encerclèrent alors Vega. La petite frappe qui voulait leur revendre le chargement n’était autre que le truand le plus recherché des States. Entouré par toutes ces armes il en fallait bien peu pour que Mister Night fasse son apparition. Par le plus grand des hasards, les armes à feu s’enrayèrent. Night se jeta alors sur Dumas et lui arracha son arme des mains. Deuxième chose surprenante, l’arme se remit à fonctionner. Et pour preuve, Night, fit voler en éclat la cervelle d’un des gardes, tout en ceinturant sa victime. C’est au cour d’une folle poursuite sur le grand bateau à vapeur, que Night put projeter Woody Dumas dans les pals du bateau et s’enfuir sous les tirs croisés des tueurs.
C’est en sortant de l’eau que Vega refit surface. Il ne comprenait décidément pas pourquoi on en voulait autant à sa vie. Par deux fois, la pègre avait voulu le tuer comme s’il était connu par tout le monde comme un tueur à gage professionnel. Retourner à l’hôtel étant trop risqué, Vega décida de s’enfuir de la Nouvelle-Orléans, en s’étant préalablement servi dans le fourgon d’armes.
Arrivé au fourgon, il se fit braquer par un homme curieusement habillé qui prétendait s’appeler *Cornwalis. Un contrat avait été lancé sur Vega, par tous les boss du Sud. La rançon était intéressante, mais il y avait une condition pour la toucher : son corps devait être brûlé dans le Llano en flamme. Cornwallis le fit alors monter dans un corbillard et , le tenant toujours en joue, le fit sortir de la Nouvelle-Orléans. Le tueur à gage était calme et fair play. Vega était surpris que Night ne soit pas revenu.
Au bout de quelques kilomètres, Cornwalis, opacifia les vitres de sa voiture. D’étranges sons provinrent alors de l’extérieur tandis que la voiture donnait l’impression de flotter. Dix minutes s’écoulèrent avant que Cornwalis n’arrête le véhicule. Puis il ouvrit la portière et attendit la réaction de Vega. Dehors, paradoxalement se trouvait le désert. Ils étaient déjà en Arizona.
-« Qui es-tu ? Quel est ton véritable nom ? Je n’ai pas l’impression que tu saches véritablement ce qui se passe. Ce que je peux te dire, c’est que beaucoup de personnes désirent ta mort, car tu es un criminel très dangereux. Je sens cependant en toi une chance de Rédemption. Aussi vais-je t’abandonner dans ce désert, sans eau et sans repère. Si tu survis, c’est parce que cette chance de Rédemption est possible. Si tu meurs, alors j’aurais fais mon travail et je reviendrais chercher ton corps pour le brûler. ».
Et sur ces entre faits, le tueur à gage, ferma la porte de son corbillard et disparut dans l’horizon.
A l’intérieur du cyclone
Nous sommes quelque part entre Shiprock et Gallup, en plein désert de l’Arizona. Vick Vega vient de reprendre conscience, à moitié desséché par le vent sec du désert. Aucune âme qui vive à l’horizon. Il est seul, les mains attachées dans le dos.
Parfois, le cri d’un rapace vient déchirer le silence de l’immensité. Ne sachant ni où aller, il marche sans but, accompagné par les serpents et les scorpions, déambulant vers le Grand-Nulle-part.
Par flashs successifs, et dans un état de délire permanent, l’histoire de son existence lui parvient par bribes. Son chemin est jalonné par des fantômes qui tantôt le plaignent et le consolent, tantôt se moquent de lui et le ridiculisent.
Et c’est alors que le delirium s’abat sur lui. Il marche sur une sorte de tapis d’asphalte enflammé sur lequel surgissent des objets et des personnes. A l’horizon de la route, se trouve une immense tornade noire qui semble rester immobile. Le ciel est jaune et le soleil vient de nulle part.
A sa gauche, il voit une télévision fichée dans le sol, en train de diffuser une émission du célèbre télévangéliste De Angelis. Le présentateur est surprenant avec ses pieds immenses, dans des mocassins vernis blanc.
Quelques mètres plus loin, sur sa droite, il voit une vieille femme qui caresse une chèvre dépourvue de cornes. Elle reste impassible mais Vick ressent beaucoup de tendresse pour elle. Il a l’impression qu’elle est sa mère.
Toujours en se dirigeant vers la tornade, Vega retrouve BAGLE, ce jeune noir avec lequel il a fait les 400 coups. L’adolescent n’est pas seul. Un vieillard infirme et mal vêtu, fume tranquillement la pipe à côté de lui. Il s’agit de BAGLE et de LEGBA, le vieil esprit et son double. Tous les deux sourient et se moquent gentiment de Vick.
De chaque côté de la route se trouve à droite, Blue Satisfy, étendue nue dans une cadillac ; à gauche, il y a Lupita, la femme de Marcello Santos Zyeux de fous, fumant une cigarette au volant d’une Chrysler Le Baron, décapotable. Toutes les deux essayent de l’attirer.
Vick arrive enfin en face de la colonne de la tornade. Le vent est noir et opaque. Il ne peut rien voir à l’intérieur du cyclone. Pourtant, il sent que c’est le seul moyen pour lui de sortir de cet enfer jaune.
Aussitôt après avoir franchi le voile de fumée noire, Vick se désincorpore et voit son corps tomber à terre. Après cette désagréable impression de déchirure, sa vision se brouille et il a l’impression d’étouffer. Il suffit d’un battement de paupière pour qu’il se retrouve derrière un bureau, dans une pièce de pénitencier. Des traces de balles ont endommagé les murs. Assise calmement en face de lui, les pieds sur le marbre, une jeune fille le dévisage, avec une joie malsaine. Elle ne tarde pas à se présenter et lui expliquer où il est.
Vega reconnaît son visage. Il s’agit de Magenta que Consuelo a tué près du village. Elle lui explique que s’il est là, c’est parce qu’il est dans le coma et que son esprit est dans le Grand-Nulle-part ; le pays des esprits. Elle lui murmure à l’oreille qu’il est Costa Troppo et qu’il se trouve dans le village de Santa Luvina, dans le Llano en flamme. Sa femme, sa mère, ses frères et ses soeurs ont tous été décimés par ses adversaires qui le trouvaient trop dangereux. Actuellement, il est recherché par :
- tous les tueurs à la solde des caïd du sud.
- la police de Louisiane, de l’Arizona et du Nouveau Mexique.
- le F.B.I.
- enfin, par tous les esprits des morts de son clan.
Magenta lui apprend finalement qu’il était un grand sorcier de la Santeria mais qu’il est devenu amnésique à cause de San Pedro, son « ange gardien ».
Avant de le quitter, Magenta lui suggère d’invoquer San Pedro pour qu’il reprenne emprise sur lui. Mais attention, s’il décide de se comporter comme Costa Troppo (Mister Night), il risque d’attirer l’attention des esprits mauvais, partis à sa recherche.
Après des jours de délire, Vick Vega sort enfin du coma. Il se trouve dans une cabane en bois, en forme de hutte. Un visage buriné se penche au-dessus de lui et lui fait boire quelque chose. *Joe Momoa, du clan des Coyotes, l’a veillé pendant 5 jours. C’est lui qui a insisté pour qu’il soit sauvé, car les hopis voulaient le laisser mourir dans le désert. Le vieux shaman indien avait senti que *Masaw, le Dieu de la Mort, avait guidé les pas du mexicain jusque dans sa réserve, pour le mettre à l’épreuve, lui et sa tribu. Aussi a-t-il consacré beaucoup de temps pour soigner le « scorpion ». Lorsqu’il pourra partir, il le chassera de son territoire pour détourner « la Tornade noire ».
Lorsque Vega se sent mieux, Joe l’emmène à nouveau dans le désert. Il lui fait gravir *Shiprock et au sommet lui pose des questions. de son côté, Vega a besoin de savoir comment invoquer les esprits car c’est la seule solution pour lui, d’obliger San Pedro à l’aider. Momoa lui explique qu’avec son masque blanc (son identité de Vick Vega) il ne pourra pas utiliser sa magie. Par contre, avec son masque noir (son vrai visage), il pour charmer les esprits. Mais attention, le vieil hopi sent un mauvais présage et fait jurer à Vega qu’il partira aussitôt après la cérémonie, sinon le malheur s’abattra sur son peuple. Puis après avoir allumé un feu, l’indien lui fait fumer un calumet qui le plongera dans une transe onirique.
Pour obtenir le soutient des esprits santeros qui se sont joués de lui, Vega doit les affronter dans une série de duels magiques. A chaque victoire remportée par Vega, correspond la soumission d’un esprit de la Santeria. Mais ce n’est pas tout, Vega sera en droit d’obtenir une réponse à ses questions pour chaque esprit dompté.
Le premier des esprits à affronter est Santa Maria Madalena, la femme de San Pedro, une vieillarde acariâtre, autoritaire et désagréable. Défaite au combat, elle avouera que sa mère, Mona Troppo était une puissante sorcière qui s’était alliée avec la reine du vaudou de Louisiane.
Les trois rois mages, gardiens des sources, offriront une piètre résistance et délivreront sans résistance son message. Ils présentent dans une flaque d’eau tous les traites du complot.
La résistance vient surtout de San Jaïme qui voyait l’occasion pour lui de s’affranchir définitivement du contrôle du sorcier. Après un combat à la fois magique et physique, Vega parvient à s’imposer et à faire plier le genoux à l’esprit guerrier. « Tes armes sacrées sont enterrées à Santa Luvina » lui dit-il sur un ton haineux.
Puis San Pedro apparaît en face de Costa et lui explique ce qui s’est réellement passé. Il ne pourra redevenir le vrai santero, qu’en allant chercher ses objets de culte dans le Llano en flammes. Avant la fin de la transe, San Pedro lui parlera de son ennemi, le bokor haïtien, dont il taira le nom.
Il est temps pour Vega de redescendre de Shiprock et d’aller chercher son héritage pour se venger.
Ce contexte vaudou était un vrai régale, un hommage rendu à "Sailor et Lula" et une plongée dans l'univers de Scion, bien avant l'heure. J'aimais bien cette ambiance de Road movies, proche d'un "Thelma et Louise" et de "Tueurs nés". C'était rare à l'époque de se faire autant plaisir avec cette amérique mythique. Peut-être qu'avec Scion, B.I.A ou Cops, il sera possible de retrouver ces sensations.
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