mercredi 12 octobre 2022

La véritable histoire de Donato Montefiori


 En 1469, il y a longtemps que la ville de Florence est tombée sous la domination d’une riche famille de banquiers : les Médicis ; Cosme de Médicis devint pendant trente ans le premier personnage de l’Etat. Son petit-fils, Laurent de Médicis dit le Magnifique, devait régner sur la République de Florence en véritable tyran grec. Il fut un fastueux mécène, protecteur des écrivains et des artistes.

C’est dans cette période à la fois riche et corrompue, que naquit Donato Montefiori. Issu de la haute bourgeoisie, son père fut l’un des orfèvres les plus réputés de Milan. Certaines de ses œuvres ont même été portées par la famille des Sforza. Pour des raisons politiques, Milan étant devenu le théâtre des intrigues de Ludovic Sforza, Paolo Montefiori s’enfuit de cette ville au bord de la guerre civile. Il vint s’installer à Florence avec sa femme et leur fille Maria. La vie put reprendre et le talent de Paolo lui permit de côtoyer les grands de Florence. Lorsque son fils vit le jour, Paolo lui donna le prénom d’un génie du Quattrocento : Donato.
Ayant hérité de la dextérité de son père, ce dernier prédestinait Donato à la succession de l’atelier d’orfèvrerie. Mais très vite, les attirances du jeune homme le guidèrent vers la sculpture. Bien qu’il manifeste un refus total, Paolo dut accepter le choix de son fils. La fascination des bijoux et la créativité d’orfèvre des Montefiori allaient définitivement s’éteindre car Paolo n’eut pas d’autres héritiers mâles. En effet, le dernier Montefiori s’avéra être une fille : Flora.
Au moment où commence l’histoire de la Vénus Noire, nous sommes en 1489. Donato Montefiori n’a alors que vingt ans. Les racines de cette tragique histoire prennent leur sève dans l’atelier de sculpture que fonda Verrochio. Les élèves et les modèles à demi-nue s’acharnent à donner naissance à des chefs-d’œuvre. Parmi eux, deux jeunes hommes manient leurs outils sur le marbre irisé. Rivalisant de génie, ils travaillent sur le même modèle qui leur a été imposée. De cette rivalité émergera la représentation d’une Madone qui leur permettra d’obtenir le mécénat de Laurent de Médicis. A la fin de la séance, l’atelier est visité par un maitre d’Art, responsable du recrutement des jeunes artistes. Après mûre réflexion, le choix du Maître se posa sur la statue de Caliari, le rival de Donato. « La vôtre ressemble à une divinité païenne, lubrique et ténébreuse ».
Après une courte période de colère, Donato rentra chez lui pour se heurter à l’incompréhension d’une mère et à l’indifférence d’un père. Heureusement, seule Flora comprit son frère aîné et tenta de le réconforter. Elle lui proposa d’aller au feu d’artifice qui est donné par les Médicis. Florence est alors en ébullition. Les rues sont bondées et de multiples farandoles sillonnent la ville. Mais dans la cohue de la fête, Donato et Flora sont séparés.
De cette séparation momentanée, va découler le premier meurtre de Donato. Alors qu’il cherche à retrouver la trace de sa sœur, il aperçoit au coin d’une rue, Caliari lui-même, celui qui lui a ravi la place d’artiste reconnu par les Médicis. Un voile de haine et de fureur froide tombent sur les yeux de Donato. Il se rend compte très vite que Caliari a fêté son mécénat. C’est donc face à un homme ivre que les pulsions de tueur vont se porter. Caliari s’écroule au sol dans les minutes qui suivent leur rencontre. Après avoir masqué le crime, Donato s’enfuit dans les rues de Florence. Il passe le reste de la nuit dans l’atelier de son maître. Le lendemain matin, il reçoit la visite d’un envoyé du Palais des Médicis qui le convoque sur ordre de Laurent le Magnifique lui-même.
Peu de temps après, Donato comparait non pas devant le tribunal de Florence mais devant un prince qui est tombé amoureux de la Vénus Noire. Surpris, puis flatté par ce nouvel intérêt, Donato se voit remettre la responsabilité des travaux de sculpture dans le palais ; Caliari a été malheureusement tué la nuit dernière, c’est donc au deuxième prétendant que revient la bourse artistique. Mais très vite, Donato va être victime d’on odieux chantage. Son mécène désire à tout prix savoir le nom du modèle qui a donné naissance à la Vénus Noire. En fait, ce n’est pas tant la statue qui intéresse Laurent que la femme qui a su afficher tant d’insolence dans cette pose impudique. Or, le modèle de Donato n’est autre que sa sœur Flora. La récompense promise par le Prince dépasse ce que Donato pouvait attendre puisqu’il s’agît de maître d’art. L’ambition démesurée de Donato l’obligera à faire un acte odieux. Il livrera sa sœur au prince pour satisfaire ses objectifs. C’est donc comme une vulgaire catin que Flora sera sacrifiée.
Les années vont s’écouler et l’abîme sous les pieds de Donato devient immense. Il entraîne dans sa chute vertigineuse, la vertu de sa sœur mais surtout leur moralité. Laurent réclame à Donato des chefs-d’œuvre décadents et lubriques. Le sculpteur du prince doit le suivre doit le suivre dans toutes les fêtes orgiaques données chaque nuits dans le palais ducale. Flora est devenue l’ombre maléfique de ce qu’elle était. Ses yeux sont fardés et elle erre constamment et en état d’ivresse, allant de chambres en chambres. Donato quant à lui évite de se regarder trop souvent dans une glace. Le frère et la sœur qui vivaient au palais depuis quelques années, apprennent avec une totale indifférence la mort de leur père Paolo.
Lorsqu’une nuit, alors que Donato recherche l’inspiration, une silhouette diaphane pénètre dans l’atelier du sculpteur. Vêtue de blanc et portant un masque vénitien, l’inconnue se présente avec une voix envoûtante. « Sculpter mon corps sire et vous serez récompensé selon votre talent. Je viendrai vous rendre visite chaque nuit et je serai pour vous votre amante invisible ». Et c’est ainsi que chaque nuit, Donato aura la visite mystérieuse et troublante de cette beauté hétérée, à la peau d’albâtre.
Quant arrive finalement la dernière nuit, où l’inconnue retira son voile qui lui masque le visage. La statue quant à elle est magnifique et jamais Donato n’a obtenu un résultat aussi incomparable. Les voiles tombent ainsi que les masques vénitiens pour faire apparaître une beauté inhumaine. « Viens que je te récompense. Il serait malheureux de ne pas immortaliser ses doigts de fées ! » .
Donato subit l’Etreinte en ne sachant qualifier les sensations qu’il a pu ressentir, mais depuis il essaye de le retranscrire dans la pierre, pour l’éternité.

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