jeudi 13 octobre 2022

La véritable histoire d'Hugues de Cortemar

 


Ou la grotte de la Nativité
Ne voz poi ke par cest planc,
Moi guillaume de Cortemar,
Ber Arcy et vassaus del
Comte Geoffroy de Champagne,
Acteres et cronisieres de ces croniques
Acovent que Deu, au sens crestien
Ni encore meins sun seignor
Non el createor est.
Hom ne s’étant poi creer
Par Deu de majestez
Einsi Nature fut à son origine.
Por la gent humana,
Gent ot le cors e franc le cuer
Mais tot endormi del escient
Deu une idee est pouvant
Les miracles et merveilles expliquer.
Sanz lui , l’hom seroit en proie a un sentiment d’effroi.

C’est en 1071, dans le comté de Champagne, que naquirent Hugues et Foulques de Cortemar. Leur père, Charles, épousa Bertrade de Montmirail. Il fut l’un des vaillants vassaux de Geoffroy, Comte de champagne. Ayant acquis par sa loyauté et ses faits d’armes, le domaine d’Arcis, il éleva ses fils pour qu’ils deviennent à leur tour, les hommes du comte.
Etant jumeaux, ils durent supporter les suspicions de l’Evêque de Troyes, Thibaut, qui s’acharnera pendant toute sa vie à prouver que leur mère a fait commerce avec le Malin. D’ailleurs, il est parvenu à convaincre Charles de Cortemar de répudier sa femme. Décision qui enchanta le brave homme, qui s’empressa d’épouser sa maîtresse. Sitôt après avoir mis au monde ses deux enfants, Bertrade dut se retirer dans un couvent du comté de Chalons.
Charles, quant à lui, se remaria avec Gisèle de Noiron Pré, et naquirent de ce mariage Nessa et Lothaire. Autant dire que leur belle-mère ne les portait pas dans son cœur. Pour éviter toutes tensions et parfaire leur éducation guerrière, Charles envoya ses deux fils à la cour de Geoffroy de Champagne. Traités comme les autres fils de seigneurs, Hugues et Foulques se firent quand même remarquer pour leur fougue et leur courage. Bien qu’ils soient semblables physiquement, Hugues étonne par son regard ardent et téméraire. Comparé aux loups qui hantent les forêts vosgiennes, il acquit très vite le surnom de Louvar.
Foulques, quant à lui brille par sa beauté et son charme, déparant avec l’allure martiale de son frère. Mais tous deux restent soudés et inséparables. Lorsque l’histoire commence, nos deux frères sont à la veille de partir de nouveau en guerre contre le comté de Tonnerre.
Depuis déjà quelques jours, un des vassaux du comte Geoffroy essaye de séparer les deux frères. Leur renommée ne cesse de grandir et le félon crève de jalousie. Sachant parfaitement que la bataille de Tonnerre va demander la présence des deux chevaliers, celui-ci va tendre une embuscade dans la bataille pour les tuer. Dans le feu de la bataille, le crime passera inaperçu. Alors que les hommes s’affairent aux préparatifs pour le combat, Loïse, fille de Geoffroy, tremble pour son amant ? Foulques. Un feu de désir se diffuse dans tout son corps lorsque ses yeux se posèrent sur le preux chevalier. Sa dame de compagnie Crotilde, nièce d’Aldabéron, étreint une dernière fois l’un des guerriers qui vont partir sous les ordres d’Hugues.
Un espion envoyé en reconnaissance dans le sud du comté, revient précipitamment pour annoncer que l’armée adverse est sur le point de franchir la Seine. La colonne commence à partir et les chants de guerre, résonnent dans Troyes. Au petit matin, l’armée de Troyes arrive en vue du pont que l’armée ennemie est sur le point de franchir. L’assaut est donné. Hugues est chargé de reconquérir le pont. Lors de la bataille, Hugues fait des ravages dans les rangs adverses. Mais soudain, il reçoit au flanc un coup de poignard asséné par le traître d’Aldabéron. Foulques voit la scène et a juste le temps de porter secours à son frère en péril de mort. La guerre fait rage tout autour des Cortemar qui repoussent vaillamment les assauts des ennemis. Odeur de sang, chair tuméfiée. C’est en vainqueurs que les vassaux de Troyes pénètrent dans la ville, acclamés par la foule. Bien qu’étant grièvement blessé, Hugues se présente face à son suzerain qui demande à ses meilleurs guérisseurs de soigner son chevalier.
Après quelques semaines de couche, Hugues veut déjà reprendre ses armes et son poste de chef de guerre. En lui rendant visite, son frère Foulques lui annonce que Goeffroy va se montrer généreux pour ses vassaux qui ont livré bataille à Tonnerre. En guise de récompense Goeffroy donne à Hugues le Château de Noirmont, et donne la charge de la garde de Troyes à Foulques. Pour masquer sa traîtrise et ne pas attirer les suspicions sur lui, le Seigneur Aldabéron offre la main de sa nièce, Crotilde, à Hugues. Crotilde, résignée apprend que son ancien amant, a été tué à la bataille.
En fait, il s’agissait du tueur envoyé par son oncle. Dès la première nuit où elle fut promise à Hugues, elle réfléchit déjà à sa vengeance. Mais tandis qu’elle prépare sa vendetta, Loïse compte bien obtenir les faveurs de Foulques. Après avoir fêté la victoire, Foulques, grisé par le vin ne se rendra pas compte de l’embuscade amoureuse que lui Loïse. Dans les ténèbres de la chambre, la jeune princesse va se faire passer pour une simple domestique. Entre temps, Hugues part la nuit même dans son nouveau domaine.
Cette nuit riche de rebondissements, fait intervenir à nouveau le traître d’Aldabéron qui voulait tuer de ses propres mains le comte Foulques. Mais au lieu de le voir seul, il le surprend dans les bras de la fille du suzerain. Celui-ci a enfin un moyen de tuer ou de déchirer définitivement les deux frères. Le lendemain matin, Aldabéron demande audience à Goeffroy et lance tout haut dans la cour que sa fille a été prise par Foulques de Cortemar.
Loïse, au désespoir avoue en secret à Foulques qu’elle a bien abusé de lui. Aldabéron, sûr de ses accusations demande la tête de Foulques. Goeffroy, atterré par ce qu’il entend demande à ce que l’affaire se résolve par un duel judiciaire. L’évêque Thibaut se déplace en personne pour que le duel de l’Ordalie soit effectué selon les lois de l’église. Mais avant de prêter serment sur les reliques, Foulques demande à ce que la date du duel soit repoussée. Il pourra ainsi rendre visite à son frère pour lui demander de l’aide. C’est ainsi qu’il surgit au petit matin chez son frère et lui raconte toute l’histoire. Il sait que son frère est meilleure fine lame que lui. Il lui demande de prendre sa place pour faire le duel de l’Ordalie, contre le félon. Ainsi procèdent-ils à l’échange de leur identité. Hugues devient Foulques pour la durée du duel, et Foulques devient le Seigneur de Noirmont.
Ils se prêtent serment de fidélité et de loyauté et les deux frères se séparent. Foulques installera une longue épée entre lui et Crotilde pour repousser la tentation. Hugues quant à lui se rend bien, à Troyes pour affronter la cour. Le lendemain de son arrivée, il doit prêter serment sur les reliques. A la question : « avez-vous abusé de Loïse, fille de Goeffroy, la nuit de la victoire de Tonnerre ? », Hugues jure que non. La question est posée par l’évêque de Troyes lui-même qui voit dans ce duel, le moyen de prouver, face à dieu, que Foulques et son frère sont des créatures du Diables. Le duel a lieu dans un près, en dehors de l’enceinte de la ville. L’épée est guidée par la main de dieu et le menteur est puni. Aldabéron est tué, mais avant de mourir le félon se rend compte de la supercherie en reconnaissant le regard lupin d’Hugues. Il professe alors une terrible malédiction sur les Cortemar.
Goeffroy, rassuré par cette infamie estime cependant que Foulques a bien le droit maintenant d’acquérir la main de sa fille Loïse. Mais, Hugues est déjà marié à Crotilde. Contraint par Goeffroy de prendre sa fille pour épouse, Hugues ne peut se dévoiler et blasphème pour la deuxième fois en prêtant serment pour le mariage. Il s’empresse cependant de retourner à son château de Noirmont pour qu’il y ait de nouveau un échange des identités. Mais une surprise tragique l’attend dans son château. Crotilde avait décidé de tuer son mari cette nuit même, en pensant tuer Hugues. En fait de tuer Hugues, elle empoisonne son frère Foulques. C’est ainsi que la malédiction du félon se réalise. Hugues arrive juste après l’assassinat. Crotilde surprise au début, se rend compte du subterfuge. Lorsque son vrai mari tente de la tuer, elle lui fait un cruel chantage en lui disant qu’elle attend un enfant de lui. S’il la tue, il tuera aussi sa descendance. De plus, elle le dissuade de tenter quelque chose contre elle, car maintenant, elle a la preuve qu’il y a eu blasphème.
Hugues est pris au piège. Lui l’homme d’arme, est désarmé face au machiavélisme de cette femme. Ivre de haine et de tristesse, il ne pense plus qu’à partir loin de ses terres et de cette « mal femme ». C’est ainsi qu’au petit matin, Hugues va enterrer son frère et part à Chalons où repose sa mère. Après maints lieux, il arrive à l’abbaye où sa mère est morte alors qu’il était encore tout jeune. La révérende mère reçoit le pénitent et lui révèle un secret. Lorsque sa mère vint rejoindre les sœurs dans la prière, elle était encore enceinte de Charles de Cortemar. Elle mit au monde un garçon qu’elle baptisa Aldabéron. Hugues vient donc de perdre son frère jumeaux Foulques et son autre frère Aldabéron. Envahie par le désarroi, il se lance avec une totale abnégation dans l’armée de Bohémond, noble normand, qui part en croisade. Hugues passe par toutes les phases. Il parvient cependant à donner un sens à sa quête. Il doit revivre la passion du Christ pour être lavé de ses péchés. Hugues n’a alors que 25 ans, lorsqu’il rejoint les mercenaires de Bohémond et son neveu Tancrède.
Les villes se succèdent et ne se ressemblent pas. Venise, Dyrrachion, Thessalonique, Gallipoli et enfin Constantinople. Bohémond se présente à l’empereur Alexis Comène Ier, et demande à devenir responsable des armées byzantines en Palestine. Après moult tergiversations, le souverain tranche et lègue à Bohémond le titre de grand commandeur. Deux ans s’écoulent dans cette capitale riche de couleur et de parfums. Hugues s’y est fait deux compagnons d’armes, Amergin et Bayard le moine. Nous sommes en 1097, lorsque Bohémond décide de reprendre la route. Peu de temps après, la colonne guerrière s’établit à Nicée et entreprend un long siège de plusieurs mois. Ce sera l’occasion pour Hugues de se faire remarquer par ses pairs. Bien que les pertes aient été très importantes, cela ne ralentie pas la progression du chef de guerre normand. Bohémond parvient à Dorylée qu’il compte bien conquérir le plus rapidement possible. Cette fois-ci, la vaillance inégalable d’Hugues est clairement mise en valeur. Ses chefs de guerre, lui lèguent le commandement d’une centaine d’hommes. Commandement qui va être très vite mis à l’épreuve avec l’embuscade des Danishmendites, lancée par l’émir de Cappadoce à Héraclée. Lorsqu’Hugues traverse le Taurus, il ne peut s’empêcher de repenser à la bataille de Tonnerre, où son frère est venu le sauver sur le pont. La marche décime encore les rangs des croisés, et les quatre mois qui vont suivre vont torturer les guerriers par la faim et par la soif. Quand surgit devant eux Antioche. Quelques jours s’écoulent avant que la ville ne tombe aux mains des croisés.
Bohémond y règne en véritable souverain, et ne fait qu’une escale pour se lancer à la conquête de Jérusalem. C’est à cette époque que surgit un personnage du passé de Cortamar. En effet, arrive à Antioche sa demi-sœur, Nessa qui s’était lancée à sa recherche. Mais le temps des retrouvailles va très vite s’interrompre avec le départ d’Hugues. Sa quête n’est pas terminée, il doit se rendre à Bethléem. C’est donc un guerrier solitaire et sauvage qui se lance à la conquête de la grotte de la nativité.
Lorsque ses pas le mènent jusqu’au village sacré, une voix mélodieuse l’accueille et l’invite à pénétrer dans une des grottes qui occupent tout le flanc de la colline. Une silhouette diaphane lui ouvre les bras. « Viens te purifier dans la grotte de la nativité », lui susurre la voix sépulcrale. Lorsque les crocs du maudit plongèrent dans la gorge de Cortemar, il ne se rendit même pas compte qu’il était en train de mourir. Venu chercher la rémission de ses péchés, Hugues fut enfanté par un blasphémateur.

L’errance d’un damné
Nous sommes en 1127, en terres saintes. Une quarantaine d’années se sont écoulées pour l’Infante-caïtif, Hugues de Cortemar. Parti de France en 1087 pour réacquérir une âme entachée de honte et de tristesse, le jeune croisé champenois a trouvé à Bethléem une mort horrible. Etreint par un gangrel puissant mais désespéré, il a été abandonné peu de temps après son étreinte. Son Sire, le moine hérétique Fortuna, le damna en lui faisant le Don ténébreux, par simple goût du blasphème et du désespoir. L’étreinte eut lieu à quelques mètres seulement de la grotte de la Nativité où le Christ est né.
Ayant visité les ruines, rencontré les Anciens et les Mathusalems de bon nombre de clans, Fortuna acquit un savoir oral qu’il ne put supporter. Quelqu’aient été ses secrets, Fortuna crut que le seul moyen de survivre à la Géhenne était d’avoir encore le choix de sa propre mort. Courage ou lâcheté ? Hugues ne le saura jamais. Peu de temps après son étreinte, Fortuna s’immola par le feu et l’abandonna avec sa peur et ses questions. Il fallut bien une quarantaine d’années pour Cortemar pour comprendre son nouvel état, ses besoins et ses pulsions. Le monde s’effondra totalement pour ce guerrier de Dieu, lui qui avait tout sacrifié pour lui et qui attendait tant du créateur.
Sa vision des choses changea ainsi que son corps. Sa peau devint très pâle, ses yeux devenus rouges étaient parfois parcourus par une flamme d’animalité ; Il vécut dans la grotte où il dut affronter ses pires cauchemars. Tiraillés par la soif de sang, il fut à l’origine de nombreuses disparitions de bergers et de troupeaux.
Fortuna lui avait cependant légué des palimpsestes sur lesquels étaient écrits des propos blasphémateurs. Mais au-delà de ces vagues d’injures et de protestations, il figurait une liste complète des pouvoirs qui coulaient dorénavant dans ses veines ; Il put aussi y lire quelques mises en garde rudimentaire pour survivre aux feux du soleil et à l’humanité.
De longs séjours passés dans les montagnes et dans les déserts éveillèrent en lui son côté animal déjà préexistant. Peu à peu, une sorte de communication primaire et instinctive s’établit entre lui et les bêtes sauvages. Il se laissa momentanément grisé par son nouvel aspect et trouva dans la solitude et la compagnie des chacals, une condition qu’il recherchait depuis longtemps. En fait depuis la mort tragique de son frère jumeau Foulques. S’attaquant comme un véritable prédateur aux caravanes juives et arabes, il ne vit pas le temps passer. Mais alors qu’il était au plus profond de sa solitude et de sa sauvagerie, il prit conscience de ce qu’il devenait. La flamme d’humanitas qui était sur le point de s’éteindre définitivement en lui, reprit de la vigueur et Hugues comprit qu’il était temps pour lui de rejoindre les hommes.

Jérusalem : entrevue avec Nessa
Du temps s’était écoulé, mais combien de temps finalement ? Etait-il encore possible d’entreprendre un voyage pour retourner en France ? Hugues comprit vite que sa femme Crotilde, son fils Guillaume et tant d’autres mortels devaient être morts depuis. Bien que ce voyage paraisse vain, Hugues ne put réprimer le désir ardent de revoir sa terre natale.
Quittant définitivement son antre de Bethléem, il entreprit un voyage pour Antioche où devait l’attendre sa plus grande joie et sa plus grande tristesse.
Arrivé à Antioche, il s’informa des vaisseaux qui partaient pour le royaume de France. Puis pour tuer le temps et satisfaire sa colère contre dieu, il voulut faire une visite nocturne au cloître des Bénédictines. Il fut surpris par le silence et la tristesse des lieux, assiégés par les miséreux. Telle la chronique d’une mort annoncée, un glas résonnait dans l’enceinte et une messe était donnée pour le rétablissement de Sœur Nessa. Sœur Nessa ? Le sang d’Hugues de Cortemar ne fit qu’un tour. S’agissait-il de l’être qu’il avait connu en Champagne, Nessa de Noiron Pré, sa demi-sœur par alliance. Dévalant les degrés des escaliers de la bâtisse, il pénétra en trombe dans la chambre de la mourante.
L’effroi et la surprise firent fuir les sœurs postées autour du lit. Hugues reconnut tout de suite sa sœur qui, malgré son jeune âge, se mourrait d’un mal inconnu. Malgré ses cheveux longs, ses sourcils broussailleux, ses yeux rouges et menaçants, Nessa reconnut tout de suite son frère disparu. Cortemar ne put réprimer une plainte rauque en voyant ce corps fragile et mourant. Malgré la douleur de ses propos, Hugues ne put lui donner. Il prit soudain conscience de son aspect, de sa différence fondamentale.
De longues heures s’écoulèrent avant qu’Hugues ne dut se retirer pour éviter le soleil. Il fit la promesse de venir la revoir le soir suivant, lui interdisant de mourir entretemps. Nessa devenue grande, entra dans les ordres afin d’éviter un mariage cruelle qui l’aurait unie à un véritable tyran. C’est elle qui s’assura du bien-être de Guillaume de Cortemar, le fils d’Hugues et Crotilde qui naquit neuf mois après son départ. L’enfant fut placé sous la tutelle de Geoffroy de Champagne. Mais Nessa voulut se lancer à la recherche d’Hugues qu’on disait mort en terres Saintes. En sa mémoire, elle partit pour Jérusalem dans un vaisseau croisé. Après maintes recherches en Palestine, elle échoua finalement à Antioche où elle s’établit définitivement auprès des bénédictines. Le temps passa, jusqu’au jour où un jeune homme fort et vigoureux vint lui rendre visite. Il s’agissait tout simplement de Guillaume parti à la recherche de sa bienfaitrice mais aussi et surtout de son père inconnu. Depuis, ces deux êtres ne cessent d’espérer le retour du guerrier légendaire de la famille Cortemar. Nessa n’a raconté qu’une partie de l’Histoire à Hugues espérant pouvoir aménager une rencontre entre le Père et le fils. Cette réunion faite, elle pourra mourir en paix.
La nuit suivante, fidèle à sa promesse, Hugues pénètre à nouveau dans le cloître. Arrivé dans la chambre de Nessa, il surprend un jeune homme penché sur le lit, en train de prier. Un éclair déchire l’espace de la chambre lorsque les deux regards se rencontrent. Guillaume n’ose y croire. Hugues quant à lui est bouleversé. Ayant esquissé un geste de recul, Nessa ordonne faiblement à Hugues de rester avec eux. Le jeune homme ne peut cependant réprimer un élan de tendresse vers son père retrouvé. Hugues reste de marbre et n’arrive pas à exprimer sa joie et sa fierté d’avoir un fils aussi brave.
Mais malgré les liens qui les unissent, Cortemar perçoit en Guillaume un Calice de Sang. Pour se protéger de la Frénésie et sauver la vie de son fils, il s’enfuit du cloître malgré les supplications de son fils. Nessa est emportée dans la mort par sa profonde tristesse.
Fou de rage et de chagrin, Hugues va festoyer dans les ruelles ténébreuses d’Antioche, se promettant de ne plus revoir son fils. Quelques jours s’écoulent avant qu’il n’apprenne la mort de sa sœur. Désirant se recueillir une dernière fois sur sa tombe, il y surprend Guillaume accompagné de ses compagnons d’armes, étrangement vêtus. Guillaume fait parti des templiers et se charge de l’escorte des pèlerins jusqu’à Jérusalem. Les deux hommes, le père et le fils, se sentent mais ne disent rien.
Le lendemain, Cortemar monte à bord de l’Eliduc Blanc, le vaisseau qui le ramènera à Marseille, en Royaume de France. Le père comme le fils savait qu’ils ne se reverraient jamais.

La victoire de Crotilde
Le retour sur sa terre natale ne s’est pas fait aussi facilement et aussi rapidement. Même si au fond de lui l’envie de revoir à nouveau son pays était intense, Hugues de Cortemar redoutait l’affrontement avec ses fantômes. Profitant des escales dans les îles grecques, dans l’île de Malte ou en Sicile, Cortemar voulut attendre pour être certain de ne revoir personne de vivant, de sa connaissance. Redoutant peut-être d’affronter à nouveau son ancienne femme, la baronne Crotilde de Cortemar, il laissa s’écouler l’équivalent d’une génération pour ne penser à elle quant tant que cendre. Il garda un souvenir très diffus et lointain de cette période d’attente entre ces deux mondes : l’Orient et l’Occident.
C’est en 1… qu’il se résolut enfin à reprendre un bateau pour Marseille. Lorsqu’il débarqua dans la ville du midi, il se rendit compte d’un léger changement dans l’air. La langue en 100 ans avait déjà bien évolué, et s’acheminait vers quelque accent chantant et ensoleillé. Les mœurs avaient eux aussi changés et les royaumes du sud influençaient beaucoup de cours. Mais la crainte de l’Eglise et la peur du Jugement dernier galvanisaient encore les foules.
L’intolérance religieuse et la superstition n’avaient jamais eu autant d’adeptes. Mais il fallut bientôt reprendre le chemin du Nord et pénétrer à nouveau dans les brumes de Champagne. La première ville visitée fut évidement Troyes où la lignée de son ancien suzerain Goeffroy, régnait encore sur les terres. Il rendit visite au gisant de son ancien Maître, celui qui l’avait accueilli lui et son frère pour en faire des chevaliers.
Dans la cathédrale de Troyes, dédiée à St-Pierre et St-Paul, Cortemar reconnut le visage fier et large du comte Geoffroy. A quelques mètres de là gisait le marbre de sa femme et de leur fille Loïse, la veuve de son frère Foulques. Tel un poignard dans une plaie, des souvenirs surgirent du plus profond de sa mémoire et vinrent le torturer. Il revit la bataille de Tonnerre où son frère et lui s’étaient illustrés. Puis comme dans un cauchemar, le visage de Crotilde vint perturber ses souvenirs héroïques. Qu’était donc arrivé à cette femme félonne, à cette diablesse qui devait dorénavant brûler en enfer ?
Pénétrant dans une des nombreuses tavernes de la ville, il demanda la demeure d’un homme de talent pour lui narrer l’histoire de la ville de ses grandes familles. L’homme ne fut pas difficile à convaincre tant son envie de parler à un inconnu était grand Cortemar apprit que dame Loïse, la fille du comte s’était laissée mourir de chagrin après la mort de son époux. Elle eu juste suffisamment de volonté pour ne pas tuer l’enfant qu’elle portait en elle.
Dame Crotilde vit partir son époux en croisade sans ressentir la moindre tristesse. Ayant appris par une rumeur qu’il était probablement mort lors du siège d’Antioche, elle porta le deuil, mit au monde un garçon qu’elle abandonna aussitôt à des parents. Cette femme de mauvaise vie avait acquis dans la région une mauvaise réputation et bon nombre de prêtres parlaient de sorcellerie. Afin d’apaiser les consciences, elle parvint à acquérir le cœur et le soutien de l’évêque Thibaut qui la mit aussitôt à l’abri. Elle eut un fils, un bâtard que l’évêque voulut faire disparaître. Y est-il parvenu ? Nul ne le sait mais en tout cas, Dame Crotilde mourut mystérieusement.
D’un geste d’un de rage, Cortemar ordonna au conteur de stopper sa narration. Malgré le temps Crotilde l’avait encore blessé et régnait encore sur sa mort une aura de mystère et de mal.

Un peu plus profondément dans les terres
Son envie de faire face au passé le poussa à retourner sur les terres d’Arcy et de Noirmont, son domaine. Là encore, la vision de son donjon changé en simple garnison de province, le saisit et l’émeut.
La neige se mit bientôt à tomber et le désespoir de Cortemar n’en fut que plus renforcé. Errant dans son ancien domaine, il vécut en véritable ermite. Puis, après moult tergiversations il voulut reprendre le chemin du nord, pensant que sa terre ne voulait plus de lui. Lorsqu’il pénétra dans les forêts profondes du Jura, il se sentit bientôt épié hostilement. Une forte odeur de fauve ou de bête sauvage planait dans l’air. Au premier hurlement qui s’éleva, Cortemar comprit tout de suite à qui il avait à faire. Une meute de lupins dévala une pente des collines environnantes, donnant la chasse à ce gangrel trop audacieux. Cortemar connu à nouveau la peur, lui qui l’avait tant inspiré au reste de l’humanité.
La chasse s’effectua sur des lieux et une sueur de sang apparut sur le visage blâfard de Cortemar. Chassé en dehors de la forêt, il découvrit un refuge où une famille de paysans habitait. Les chassant à son tour de leur demeure en les menaçant, il les congédia afin d’être seul au moment du couché du soleil.
Quelques heures s’écoulèrent avant que la cabane ne soit prise d’assaut par les villageois venus en renfort. En plein jour, Cortemar fut propulsé en dehors de la demeure et dût supporter les feux du soleil. Il courut sur une longue distance afin de se mettre à l’abri, mais ne parvint qu’à s’effondrer dans une ravine où son corps vint s’étaler sous un rocher. Il tomba aussitôt en torpeur pour une période de 68 ans. Ce ne fut que par un malheureux hasard pour un jeune paysan que Cortemar put revenir à la vie. De décennies en décennie, son corps se guérit des feux du soleil. Instinctivement, il se nourrit du sang de vermines et de rongeurs. Sa conscience était cependant suffisamment bien aiguisée lorsqu’elle sentit une source de sang frais à proximité. En effet, de jeunes bergers s’étaient donnés rendez-vous dans cette ravine pour se mettre à l’abri du vent. Il est clair que lors de la nuit du réveil de Cortemar, il n’y eut aucun survivant à cet horrible festin sanguinaire. Cortemar connut sa première Frénésie.

Une rémission sur les chemins de St-Jacques ?
Conscient du mal qu’il avait fait, Cortemar eut la faiblesse de croire encore au pardon du Christ. Puisque le Nord n’avait été qu’une terre de peine et de souffrance, il se jura de ne plus y revenir et d’aller absoudre ses pêchés sur les chemins de Compostelle.
Conscient de ne pas être le pèlerin idéal, Cortemar espérait cependant un signe de la part du créateur pour pouvoir comprendre ce qu’il avait fait pour mériter un tel châtiment.
D’ailleurs, sur la route des pèlerins, il paya un scribe afin de mettre par écrits ses nouvelles convictions. Cortemar devait à tout prix se construire une armure pour se protéger du monde et regarder les mortels autrement.
Voici ses pensées :
« Comment expliquer le monde, Tout d’abord, il faut admettre comme postulat de base que dieu au sens catholique du terme n’est pas le créateur du monde et encore moins son régisseur. L’homme ne s’étant pas créé lui-même, il lui faut passer par une conscience créatrice que nous nommerons « Nature ».
Pour l’humanité, espèce intelligent mais « endormie », Dieu est un concept rassurant pouvant expliquer des choses qui les dépassent. Sans lui, l’individu serait en proie à un sentiment d’effroi dû à une incapacité à expliquer certains phénomènes naturels.
Dans le cas de Cortemar, le passage obligé par une conscience supérieure n’est pas la résultante d’une crainte de l’inexpliqué mais une explication logique quant à l’existence du vampirisme.
En effet, le monde, réunion de phénomènes logiques, n’est pas source d’interrogations dont un dieu serait la seule réponse. Tout peut s’expliquer, les végétaux, les animaux, leur interdépendance.
Par contre, l’existence du vampire ne peut être expliqué de façon logique car faisant intervenir des éléments magiques.
Le vampire est un humain mais éveillé et actif. Pourquoi vit-il éternellement ? Pourquoi ne peut-il pas se nourrir comme les autres êtres vivants ? Pourquoi craint-il le soleil ? Autant de questions sans réponses qui nous obligent à passer par une divinité. Dès lors, une question s’impose. Pourquoi passer par la nature et non par dieu ? En effet, dans les deux cas, ce créateur de l’univers est transcendant au monde, la source de tout ce qui existe, des vérités logiques, des lois de la nature.
La réponse en est simple et représente une résultante logique de la vie de Cortemar. Hugues de Cortemar, vaillant noble français parti se battre du temps de son vivant, au nom de Dieu. Son seul but fut de le servir. Plus qu’un chevalier de Louis, il fut un humble serviteur de Dieu.
Or sa passion ne déboucha pas sur un pardon comme il l’escomptait mais sur une existence de damné. Dès lors, il est logique que Dieu n’eut plus de signification pour lui. Si celui-ci avait existé, il ne l’aurait pas puni ainsi. N’éprouvant plus le besoin d’être protégé par une divinité, il passa plusieurs siècles sans aucune croyance. Ce n’est qu’aujourd’hui, où Cortemar se pose des questions sur l’existence des enfants de la nuit que le passage par une conscience supérieure est une condition sine qua non.

La conception du monde
S’il fallait la résumer en deux mots, je parlerais d’équilibre naturel. Le monde : l’eau, les végétaux, la terre et toutes les choses que la nature a créé, sont des dons offerts à la race animale. « L’animal » est constitué de plusieurs races qui profitent de ces dons pour vivre. Or la nature a pensé que l’animal pourrait profiter de ce monde et la dominer. Pour cette raison, elle a mis en place plusieurs verrous censés empêcher l’animal de dominer et donc de détruire son environnement.
Tout d’abord, l’animal est mortel. De plus, la Nature créa des races plus fortes que d’autres. Les plus fortes se nourrissant des plus faibles. Une « chaine alimentaire » existe donc. Chaque race sert de nourriture à une autre, ce qui l’empêche de se développer de façon outrancière.
Du sommet de cette chaine, puisqu’il en faut un, la nature créa l’homme. Un animal ayant la force et surtout l’intelligence. Celle-ci aurait dû lui permettre de respecter son environnement et de s’autolimiter. Or cette sagesse présente dans les premières générations se perdit avec le temps. En offrant l’intelligence à l’homme, elle lui avait aussi donné l’ambition du pouvoir. Cette ambition le poussant à détruire la nature pour créer des cités. Pour cette raison, la nature créa le prédateur suprême : le vampire. Son but : limiter la race humaine. Pour arriver à ses fins, elle lui offrit l’immortalité. Pour éviter l’erreur qui se produisit avec l’homme, elle lui interdit la reproduction abusive. Chaque génération étant plus faible que la précédente, il pourrait se reproduire mais ses enfants perdraient peu à peu le « don » de la nature. L’homme était censé se réguler. Il l=ne l’a pas fait, le vampire est régulé, l’équilibre est donc parfait.
De l’importance de la Mascarade
Pour éviter que l’homme ait conscience de l’existence du vampire, la Nature interdit au vampire de vivre le jour. Quand vivent les hommes, les vampires dorment et réciproquement. En effet, l’homme, persuadé que rien ne se trouve au-dessus de lui ferait tout pour détruire le vampire s’il s’apercevait qu’il se trompe. De plus, la Mascarade fut instaurée. « Nul homme ne doit apprendre l’existence des Enfants de la Nuit ». Ainsi, l’homme ne détruira jamais le prédateur qui paradoxalement est le garant de sa survie.
Le Chaos Naissant
Comme l’avait prévu la nature, le vampire allait se reproduire. Ceci n’est pas gênant puisqu’il perd son pouvoir avec les générations. Le problème est que ses rejetons ont eux aussi oublié la raison pour laquelle ils ont été créés et qu’ils ne respectent plus la Mascarade. Même si les premiers vampires respectent la Mascarade, il suffit que quelques uns ne la respectent pas pour que l’humanité ait conscience de leurs existences et qu’elle essaie de se débarrasser d’eux. Pour cette raison, il est nécessaire d’éliminer tout enfant de la nuit ne respectant pas la Mascarade ou engendrant une descendance irresponsable représentant un danger pour l’existence des vampires.
Que va faire le Louvard ?
Cortemar va considérer cette règle comme maître-mot de sa vie. Il va donc traquer tout enfant de la nuit ne la respectant pas. Pour arriver à ses fins, il va profiter des réseaux d’enquêteurs des Justicars et se faire aider par tout vampire conscient de son réel rôle sur terre. De plus, il tirera de l’humanité des goules qui l’aideront dans sa quête.
La pensée n’était pas encore claire et le scribe lui rendit une œuvre inachevée, se demandant comment un tel hérétique pouvait prétendre aller à Saint-Jacques. En traversant les Pyrénées, il fut soudain pris d’un doute et reconnut la vanité de son voyage. Ce n’était certes pas parmi les hommes et leur dieu qu’il fallait trouver des réponses, mais bel et bien en rencontrant d’autres damnés. Une rumeur courait comme quoi il y avait des Gangrels au Sud de l’Espagne, Andalousie.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il traversa le béarn en apprenant qu’à Orthez se déroulaient des choses étranges. Certains villageois parlaient de sorcellerie et de disparition de voyageurs. Conscient que seul un damné pouvait être à l’origine de ces histoires, Cortemar dirigea ses pas vers la ville « hantée ».
Arrivée sur place, il devait faire la connaissance d’un couple de damnés que le don du sang avait uni pour le meilleur et pour le pire : Engeran De Laas et Sancie de Navarre.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire