Avant leur départ d'Umbar, Béruthiel voulut s'entretenir une dernière fois avec les membres de la compagnie, mais un par un. Elle les reçut donc dans son salon d'honneur et commença par Urwon, ou plutôt devrait-on dire, par le Prince Urwon. Béruthiel lui rappela toute la confiance qu'elle investissait en lui et le mit en garde contre l'arme dont il allait hériter. En effet, la double épée haradrim, constituée d'un bâton en acier numénoréen et de deux lames, allait sans doute mettre sa volonté à rude épreuve." Animée d'une conscience presqu'humaine, elle allait devoir être considérée comme " une femme jalouse et irascible. Une femme de l'ombre aux exigences excessives mais qui saurait le porter jusqu'au sommet du pouvoir ".
Puis ce fut le tour de Barhel, à qui elle proposa la fonction de gouverneur de la cité d'Umbar, afin de diriger le port militaire et commercial. Elle lui promit de l'affranchir d'un quelconque mariage arrangé pour garder son statut de femme libre et puissante, comme elle autrefois.
Puis Béruthiel reçut en privé le chevalier Parsalion à qui elle promit la même chose que Barhel et enfin, elle accueillit Dame Eleör pour s'entretenir une dernière fois avec elle. La Sorcière du Gondor était aux aboies !
Lorsque toute la compagnie fut à nouveau réunie, on décida de prendre la route en profitant de la brume de la baie. La ville étant en état de siège, Urwon dût déployer des trésors d'ingéniosité pour éviter à la compagnie d'être interceptée par les haradrims. Il ne manqua pas d'entre-apercevoir son frère Jibrad, en train de vociférer sur ses hommes. Mais, à la faveur de la nuit, ils réussirent à s'enfuir de la ville et pénétrèrent dans les montagnes, à l'est d'Umbar. Ce chemin rocailleux devait les mener jusqu'à la ville de An Karagmir, la "Porte de la mer de dunes". C'est dans cet oasis que les marchands faisaient transiter les mûmakils avant de les vendre aux haradrims. Selon Dame Béruthiel, ils découvriraient sur place les informations nécessaires pour continuer leur quête.

Le voyage fut laborieux et plombé par le soleil et la chaleur du désert. Malgré une escarmouche avec des brigands des montagnes, nos compagnons parvinrent jusqu'à An Karagmir où Urwon se présenta comme un membre de parenté des Lashon. Les marchands de mûmaks confirmèrent les rumeurs de la disparition des célèbres mastodontes. Du Harad Lointain, on ne voyait naître que des rejetons malformés et plus petits que la moyenne. Par fierté, aucun marchand n'aurait eu l'audace de les revendre aux grandes tribus haradrims. Récemment, un vieux mûmak avait détruit son enclos et avait répondu à l'appel du "Cercle des Larmes", une petite montagne située au sud de la ville. Selon une très vieille légende, il s'agissait d'un territoire maudit où soufflait un vent noir. Des hommes mauvais y auraient construit un temple maléfique et aucun haradrim n'osait fouler ces terres.
La compagnie comprit alors quelle était leur prochaine étape. Urwon prit la tête de groupe et la compagnie s'enfonça encore plus profondément dans les terres du Sud, nimbées de mystères et de maléfices...
A quelques kilomètres au sud de An Karagmir, la compagnie découvrit les contours d'une montagne arasée, couronnée d'une crète lugubre. Abandonnée là comme une ruine maudite, elle transpirait la mort et l'effroi. des lances en faisceaux, ornées de crânes humains, délimitaient le territoire et prévenaient du danger. Cette terre était maudite et les hommes libres n'y avaient pas leur place. Au pied de la montagne, une large grotte faisait office d'entrée. Son ouverture était suffisamment large et haute pour laisser rentrer des mûmakils.
En s'approchant d'elle, un courant d'air charriait une odeur pestilentielle propre à de la chair avariée. La grotte s'avéra être un large tunnel, sur les parois duquel des fresques étaient sculptées. Telles des peintures pariétales, les bas-reliefs représentaient un mûmakil et ses adorateurs, qui à force de le vénéraient, lui faisaient prendre des proportions gigantesques. Les adorateurs étaient nombreux et portaient tous des linceuls qui masquaient leurs visages. Parmi eux, on pouvait distinguer trois silhouettes plus finement ouvragées, portant des couronnes numénoréennes. Un être quasi angélique survolait la scène avec un sourire inquiétant tandis qu'il était placé sous l'égide d'un oeil incandescent. L'ensemble de la fresque donnait une impression de puissance et de malveillance, plongeant la compagnie dans un malaise profond.
- " Ce devait être une sorte de temple dédié à Sauron", lança Dame Eleör, d'une voix pleine de recueillement." Cet endroit devait servir à torturer les mûmakils afin qu'ils grandissent et qu'ils deviennent dangereux". Tout le monde fut gêné par son timbre de voix vaporeux.
Le groupe finit enfin par émerger dans une vaste salle à ciel ouvert, où étaient entassées toutes les carcasses des mûmakils disparus. La puanteur était insoutenable et le spectacle était à la fois triste et horrible. Des charognards détachaient des morceaux de chair pourrie, tandis que les parures d'apparat des mastodontes, tombaient en lambeau. Sur chacune des immenses défenses, Urwon distingua les emblèmes sculptés dans l'ivoire, des tribus les plus illustres du Harad, dont celles de Karsoom. Il détenait là, la preuve que la descendance du mûmakil tutélaire de la ville, s'était éteinte avec lui. Cette créature extraordinaire était revenue mourir à l'endroit même où elle avait été crée. Après avoir rassemblé suffisamment de preuves de l'extinction des mûmakils, Urwon voulut poursuivre l'exploration de ce lieu maudit. Bien mal lui en a pris, car au détour d'une caverne, le groupe fut surpris par le gardien des lieux : un scorpion géant.
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| Le Gardien des cavernes numénoréennes |
Urwon sût trouver l'inspiration nécessaire pour encourager ses compagnons afin d'affronter ensemble le monstre. L'acharnement de Parsalion, aidé par les feintes d'Urwon, permit de vaincre le Gardien des lieux. Le venin mortel qui gouttait du dard du scorpion, ne fit aucune victime et Urwon le trancha comme un trophée. Plus tard, en explorant l'antre de la bête, ils découvrirent le squelette d'un homme ainsi que ses effets. Visiblement, il s'agissait d'un homme du Khand, sans doute attiré par le trésor du scorpion. Dans un étui métallique, Urwon déroula un velin sur lequel était dessinée un arme dont une extrémité était ornée d'un dard de scorpion, tandis que l'autre, était ornée d'une dent immense. Suivant son intuition, Urwon ficha le dard du scorpion géant au sommet de sa double épée : il ne manquait plus qu'à trouver l'autre extrémité.
Puis, profitant qu'ils soient restés seuls, Dame Eleör le retrouva dans la caverne et entama un long exposé sur le caractère exceptionnel de l'arme qu'il allait manier. Cette épée à double lame allait être redoutable entre ses mains et, grâce à elle, il allait se frayer un chemin vers le pouvoir. Si Elessar Telcondar avait hérité d'Anduril, Urwon avait son équivalent afin de rassembler et d'unifier toutes les tribus haradrims sous un même emblème. Et tandis qu'Urwon entendait ces douces paroles, la voix d'Eleör se fit de plus en plus grave et chevrotante. Les mains blanches qui s'étaient posées sur ses épaules, laissèrent la place à des mains ridées et jaunies. Le visage de la jeune femme s'affaissa, des tâches de vieillesse apparurent sur ses joues et ses yeux prirent une teinte délavée. A sa plus grande surprise, Urwon vit apparaître Béruthiel sous les traits de Dame Eleör.
"- Il m'en a fallu des ruses et des maléfices pour prendre l'apparence de Dame Eleör, mais cela en valait la peine car me voici enfin seule avec toi, enfin seule pour te corrompre définitivement dans ce haut lieu de la Sorcellerie.- Qu'avez-vous fait de Barhel et de Parsalion ?
- Malgré ma profonde fatigue, je me suis occupée de tes deux compagnons, qui ne devraient plus se mettre en travers de mon chemin.
- Que voulez-vous de moi ? Moi qui ai su résister à la corruption de l'arme que vous m'avez offerte ? Croyez-vous que vos paroles soient plus puissantes ?
- Dans ces cavernes où les numénoréens noirs adoraient Sauron, je n'aurai pas grand chose à faire pour briser les derniers vestiges de ta volonté et faire de toi mon roi. Un roi puissant et cruel, qui fera régner la terreur sur toutes les terres du Sud.
La magie subtile de ces terres du milieu disparaît et avec elle ses créatures extraordinaires. Alors comment garder espoir dans un monde qui s'effondre ?
En faisant de toi un monarque qui mènera ce Quatrième Age, celui du Règne des Hommes !
- JAMAIS ! Cria Urwon"
Et tandis que les longs doigts crochus de la Sorcière, torturaient l'esprit d'Urwon, le jeune prince haradrim s'échina à résister aux paroles corruptrices de Béruthiel. Mais l'emprise fut si forte que la vieille femme brisa la volonté du jeune homme, tout en ne parvenant pas à le corrompre. Epuisée par tous ses maléfices, elle ne réussit qu'à faire oublier cette discussion à Urwon, en le plongeant dans une profonde hébétude. L'obscurité envahit son esprit et le jeune homme perdit connaissance.
Quelques jours plus tard, lorsqu'Urwon revint à lui, il était alité sous une tente bédouine, à An Karagmir. Lui tenant la main fébrilement, Dame Eleör était en train de lui éponger le front.
" Mon ami, vous voilà enfin parmi nous ! J'ai cru que le venin du scorpion allait venir à bout de vos forces et de votre raison !
- Mais où sont nos compagnons ?
- Barhel et Parsalion n'ont pas eu votre chance mon ami. Ils sont tombés face aux attaques du monstre qui gardait ce lieu maudit. Heureusement, leur sacrifice n'a pas été vain. Grâce à eux, nous avons pu trouver les preuves de la disparition des mûmakils et nous allons pouvoir convaincre la Maison Fuinur et Hérumor, de combattre les forces de Mulak , le Premier Ouragan d'Acier.
Dès que vous serez en état de voyager, nous repartirons pour Umbar afin de préparer la contre-attaque ! "
Très loin au sud, coincée sous le corps sans vie de Parsalion, une jeune corsaire d'Umbar se mit à hurler de haine.
" Je te retrouverai, maudite sorcière ! Et mon cimeterre fera taire définitivement tes douces paroles ! "
Jamais une campagne "maison " ne m'aura donné autant de fil à retordre. L'absence de Duffette dans cette saga, redistribue complètement les cartes. La campagne du Sud, qui devait initialement être jouée par les joueurs de la campagne du Nord, a débutée avec seulement deux joueurs : Duff et Duffette. Mais, voilà que je suis obligé pour des raisons de timing, à faire terminer cette campagne en "solo", avec Duff/Urwon aux commandes.
RépondreSupprimerAllez, on va y arriver, on va y arriver !